Sous l'Oranger

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jeudi 24 avril 2008

Le Mistral l'emportera

04Je me souviens, ce jour où nous étions attablées dans la salle de travail, j'avais écrit un poème qu'elle trouvait beau. Lui faire lire, c'était le seul moyen que j'avais trouvé pour l'aborder vraiment sans avoir à commencer par les banalités. Je l'observais depuis un bout de temps, elle et ses livres, assise sur la pierre devant la grille du lycée, de côté toujours, le matin. Les autres se sont égarées dans des polémiques, lorsqu'excédées, elle et moi sommes sorties. Je ne la connaissais pas. Nous nous sommes assises par terre, là, dans un recoin sans lumière, au fond d'un petit couloir, devant une porte derrière laquelle il y avait un piano que nous avions jusque là seulement entendu, mais qui pour l'heure était silencieux. C'était une des premières fois que nous avions discuté.

Jour après jour, nous nous sommes connues, puis enfin reconnues, cette fin d'après-midi d'hiver où nous avons dérivé dans la cathédrale absolument vide. « Je sens un monde... tu sens, toi aussi ? Non, c'est ridicule ». Elle sentait aussi. Il faisait nuit. Je lui avais raconté tout ce que je voyais d'incompréhensible, pourquoi je me sentais toujours ailleurs. Elle n'a pas seulement compris, elle a su, aussi.

C'est à partir de ce jour que nous avons communiqué à coups de lettres, nos échappatoires à ces journées auxquelles nous nous sentions étrangères. Il n'y avait que deux endroit où nous nous retrouvions ensemble une heure ou deux dans les journées, parfois pas du tout : le cours de musique, et la salle au piano.

Je me souviens lorsque nous avions fait exception à l'habitude, pour s'égarer dans la Petite France entre midi et deux. J'avais pris en photo notre reflet dans l'eau. Tout le long de la passerelle Vauban, nous avions découvert un poème à la craie, composé de Baudelaire et de passages d'Alice au pays des Merveilles, et que nous avions attrapé en mémoire comme un secret.

Une autre fois, nous étions allées à l'Orangerie.

Je me souviens, lorsque nous allions glaner les clés de la salle au piano. Ce vieux piano clair désaccordé, avec ses rayures et ses fissures sur son corps. Ce vieux piano à qui nous avions appris le Mistral Gagnant, c'était celui sur lequel elle avait joué dos à moi sa première composition, « Sur le chemin de l'Orangerie ».

C'était devenu un passage obligé de presque tous les jours. Un jour alors qu'il y avait des craies près du tableau, nous l'avions honoré de poèmes. Une phrase de ma main, une de la sienne, et ainsi de suite.

" Anne, regarde, mets-toi à ma place. Tu vois ? Les branches dans le rond de la fenêtre. C'est beau. "

" Ah m' asseoir sur un banc cinq minutes avec toi, regarder le soleil qui s'en va.
[...] Et entendre ton rire s'envoler aussi haut que s'envolent les cris des oiseaux "

Elle était la première personne devant qui j'osais chanter.

" - Ça me fait un pincement au cœur
- Moi aussi... "

C'est la dernière phrase qu'il me reste en mémoire de tout ce que nous avons pu prononcer devant ce piano.

La dernière fois que je suis retournée dans cette salle, ça n'était pas avec elle. J'étais avec une flutiste pour une répétition d'une épreuve, et nous n'avons pu achever notre duo. Il n'y a qu'une personne avec qui j'aurai joué jusqu'au bout ici.

Ce jour-là, le dernier, c'est moi qui ai fermé la porte, en tournant lentement la clé dans la serrure de nos années lycée. Elles se sont achevées comme un épilogue de film, quelques heures plus tard, assises par terre au fond d'un autre couloir sombre, près d'une autre porte derrière laquelle, cette fois, nous entendions un autre piano sur lequel nous nous apprêtions à jouer devant un jury, avant de ressortir, filer vers une nouvelle vie.

Elle avait seize ans, moi dix-huit. Je lui souhaite aujourd'hui le meilleur des anniversaires pour ses 19ans.

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vendredi 21 mars 2008

Souvenirs de Voyage (3)

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Album photo ici (clique). A mettre en mode diaporama pour accompagner de musique (J.Loduca - Le Loup Blanc et Gévaudan,1m45)


Jeudi 18 août 2005 : On avait quitté la mer pour la Drôme une nuit:
12è siècle.

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Vendredi 19 août 2005 : Direction les Alpes. Plus l'on avançait, plus la végétation changeait et la température baissait. Dans la voiture, j'avais enfilé un sweat et m'étais endormie, pour me réveiller un peu plus tard dans un autre monde, les montagnes, ma source.08

08Samedi 20 août 2005 : "Je la connais par coeur, même lorsqu'elle elle se cache derrière la brume, je la vois dans mon coeur. Son air est mon préféré."

Dimanche 21 : J'étais dans les nuages et ce n'était pas un jeu de mots ! Le soir, c'était fête au chalet.

Lundi 22 : Nature, encore.

08Mardi 23 : C'était une marche d'une heure qui nous attendait jusqu'au chalet de 1706 là haut. Le feu crépitait dans la cheminée, et les plus jeunes s'amusaient à se lancer des vesses-de-loup autour de la marre.

Mercredi 24 : Pierrade, fondue au chocolat, jeux de cartes, forêt...
"Je voudrais rester ici et ne jamais en revenir. En moi en vrai j'y reste et n'en reviendrai jamais"





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mardi 18 mars 2008

Souvenirs de Voyage (2)

08

L'album photos est ici (clique). A regarder en mode diaporama pour accompagner de musique (Pink Martini-Let's never stop falling in love,3mn13)


Vendredi 12 août 2005

A 14h, on avait croisé le panneau "Les Portes du Soleil". Ce jour-là, j'avais écrit que prendre en photo la mer me donnait l'impression de la prendre de travers, tant on se rendait compte que la Terre est ronde.08

Le soir : cocktail tout rose (lait, fraise, coco), vagues, soleil couchant sur fond de jazz. A travers un petit portail, on voyait le grand reflet allongé de la lune sur l'eau.

Dans mon lit, dans le noir, j'entendais très bien le bruit des vagues, et c'était étrange.

Samedi 13 août 2005

08Et entrer dans la mer comme pour se purifier. Rester, sautiller, se défouler, se jeter, glisser, flotter. Longtemps. Y rester longtemps. Puis repos, un stylo plume à la main, et bossa nova dans les oreilles. Des pages et des pages; j'avais rempli des pages.08

J'observais la plage : Paul et Lise faisaient un circuit de billes, un monsieur lisait "Le Cortège Royal", et une dame faisait des mots croisés. Un gros crocodile était passé devant moi. Sur la mer : les bateaux, les trois îles. J'avais demandé une grenadine, avec paille et glaçons, sinon ça n'avait pas d'intérêt.

L'après-midi, alors que je paressais sur la grande terrasse qui surplombait la mer, le son qui me berçait était "Lullaby". Le soleil réchauffait ma peau, tandis qu'il perdait en intensité. Quelques personnes occupaient encore la plage.

On avait dîné à la lueur des bougies, dans une ambiance plus que feutrée.

Dimanche 14 août 2005

Voir la mer juste quand les yeux s'ouvrent au matin, encore au lit, c'était formidable.
11h. Assise dans l'eau et le sable, je cherchais des cailloux.

08On avait visité le jardin botanique qui descendait jusque dans les calanques à la mer turquoise qui s'échouait en écume sur la roche. On voyait le tout à travers les arbres. Je m'étais retrouvée nez à nez avec une forêt de bambous géants, et j'avais trouvé deux ailes de papillon jaune par terre.08

Lundi 15 août 2005

J'avais adoré les mini muffin's aux pépites de chocolat...
Déambulations dans les ruelles en escaliers des villages Varois, puis grenadine sur un port.
Le soir, il y avait eu des feux d'artifice sur les îles, et de la table où l'on dînait, l'on voyait parfaitement bien les bouquets d'étincelles colorées.

La nuit, je regardais les lumières des phares à la lune pleine, et dans mes bras: Jade, sa tête contre moi. Silence, quand près de mon oreille elle m'avait dit : "C'est beau la mer". Je me souviens que sa mère était belle et douce, toute de noir vêtue, du rouge sur les lèvres et de longs cheveux foncés, elle me regardait en souriant très calmement. Lorsqu'elle me parlait, c'était à la limite du murmure. Elle était douceur. Et enceinte. Si discrète, et pourtant, c'était elle que je remarquais plus que les autres.

Mardi 16 août 2005


08J'aimais ici, pour le soleil avec qui l'on jouait à cache-cache dans les venelles-labyrinthes, pour ces villages où l'on se perdait puis se retrouvait sous une voûte fleurie près d'un marchand de lavande, d'encens, d'huiles d'olive et de laits d'ânesse pour le corps.

Plus tard, St Tropez était un jeu chez Sénequier.

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Mercredi 17 août 2005


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J'avais parlé de "l'embrun sucré-salé nocturne".

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samedi 15 mars 2008

Souvenirs de Voyage (1)

Extraits de "carnets" de voyage

Jeudi 11 août 2005

Le voyage avait pris son départ d'ici, mes bâtisses aimées pointant le ciel (et les petits mots dans l'air flottant),
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puis pausa un instant par là :
08Dans le couloir de l'évolution, ici tout commençait en -35000. De l'âge de Pierre à Alésia, jusqu'aux jardins carrés des cours intérieures des Domus. Et la Dame de Brassempouy qui avait accroché mes iris, et je ne sais toujours pas pourquoi. (la plus ancienne représentation connue et réaliste d'un visage humain, 25000ans, 3 centimètres d'intrigue)

Le soir, nous étions arrivés au Pin, bâtisse d'habitation du 13ème siècle, en haut d'une colline couverte de végétation. Le lierre et les feuilles de vigne envahissaient les pierres ocre. Derrière la porte noire, une petite cour carrée protégée par les murs d'habitation. Une cheminée dans la chambre, une étagère remplie de livres et un haut lit massif avec des draps couleurs chaudes : dehors, dedans, j'étais lovée entre les murs de pierre et les sols en terre. J'avais écrit : "Ce sont les bâtiments qui imposent la vie aux hôtes". C'était encore plus vrai là, ailleurs.

Dans l'après-midi, un piano m'avait fait de l'oeil. Puis ceci : "J'ai entendu de la musique tout à l'heure, c'était vous ? C'est si rare que j'entende quelqu'un faire vivre ce vieux piano"

J'avais exploré le dédale du jardin, dans lequel je ne vis jamais le bout du tunnel de verdure.
Et ce dîner, côté soleil couchant sur la table en bois de la terrasse aux faibles lumières orangées...

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Vendredi 12 août 2005

08Le donjon sous le soleil et le bleu du ciel était ma première image de la journée, tout comme la dernière dans la nuit du jour d'avant. Petit déjeuner sur cette même terrasse, sous les yeux abstraits des deux ânes, puis à 10h, nous étions sur le chemin de la mer.

Album photos du Pin ici (clique)

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jeudi 13 mars 2008

Commande

Je prendrais... un bol d'air.

Clich__2008_02_09_11_57_39

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lundi 10 mars 2008

Dans ma vie de biologiste

Aujourd'hui, pour la première fois, j'ai fait de la vivisection. Littéralement, entendez "coupé dans le vivant". Oui, j'ai disséqué un rat vivant, anesthésié évidemment. A la fin de l'expérience, les animaux ont été sacrifiés par surdose d'anesthésiant.

"La législation sur ces expériences est là pour répondre à une éthique bien précise." Dans le cadre des manipulations qu'on nous fait faire, la loi interdit de faire ressentir la douleur à Monsieur rat, d'où l'anesthésie qui lui enlève tout forme de douleur consciente. "Nous avons des devoirs envers ces animaux." Ils sont élevés dans des animaleries agréées, jamais maltraités, et les travaux pratiques sont supervisés par un professeur ayant un diplôme spécialisé. Ils nous permettent d'acquérir des démarches expérimentales et des capacités de manipulation; il faut bien commencer un jour.

Mais en apprenant aujourd'hui que "faire mal" à un animal pouvait être permis en laboratoire, dans le cadre de certaines études bien précises, comment puis-je penser qu'il existe encore une éthique ? Que penser quand finalement on nous dit que ces expériences sont ou ont été indispensables pour comprendre et soigner certaines pathologies humaines ? Je passerai cet argument de "ça fait avancer la médecine", il est évident qu'il y a des remèdes qu'on ne pourrait pas trouver sans cela.

Là, on a ce qui pourrait être des points de départ d'une argumentation scientifique pour justifier un "pour", ou un "contre" ces expériences. Je ne saurais pas dire que je suis préférentiellement pour ou contre les vivisections, mais selon moi il faut savoir moduler les "C'est dégueulasse", accompagnés d'un air de reproche envers la science.

Suite à ça, je pourrais dire qu'expérimenter sur les animaux afin de trouver des remèdes aux maladies, c'est une forme de lutte pour la survie. Mais là, je pourrais partir dans une longue discussion philosophique, aux points de vus très divers, en fonction de la manière dont chacun considère l'homme par rapport aux animaux. Là, on entre dans les points de vus subjectifs. En tous les cas, face à ce genre d'expériences, je ne sais plus trop quoi faire de ma sensibilité. C'est évident, je tisse quelque chose d'affectif face à au rat encore vivant, qui se soulève sur ses pattes arrières en me reniflant. Je ne sais plus trop comment placer l'humain par rapport à l'animal, etc. Evidemment, viviséquer, cela ne m'a pas laissée indifférente. En revanche, je ne vais pas regarder avec horreur, dégoût et révolte mes pauvres rats de toute la semaine. Je suis là pour travailler, apprendre, et de toutes manières je n'ai pas le choix, même si je n'aime pas le faire.

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mardi 4 mars 2008

Malo

Clich__2008_03_04_21_08_40Depuis que j'étais rentrée de vacances, il était là. Une semaine et-demi minimum sur cet arbre à fleurs blanches, devant l'Institut. Il était posé en hauteur, entre les deux ramifications du tronc, et chaque matin et chaque soir, je lui jetais un regard, qu'il me rendait. J'espérais qu'un enfant revienne le chercher, mais au bout de tous ces jours, je me suis dit que probablement plus personne ne viendrait.

Et puis aujourd'hui, il pleuvait. C'en était trop ce matin de le voir tout seul dans le froid, tout trempé. J'y ai pensé toute la journée, me demandant si j'allais oser le chercher. Et puis Eli m'a écrit: "Récupère-le, et soigne-le". Cet après-midi, en en parlant à d'autres, je me suis rendue compte qu'il n'y avait que moi qui l'avais remarqué.

A 16h00, sous la pluie battante, je l'ai récupéré, l'ai porté sous mon bras pour le voyage en tram et bus, et l'ai emmené chez moi, bien au chaud. A peine était-il dans mes bras, que la pluie en neige s'est transformée. Je l'ai appelé Malo, il n'a plus qu'une défense, et sera bientôt tout propre. On dirait une peluche des années cinquante, ce qui lui ajoute une grande part de mystère. "Il me portera peut-être bonheur", me suis-je dit, avant d'avoir, ce soir, étrangement, un peu peur de cet inconnu. Peur qui s'évanouira bientôt, le temps de s'habituer l'un à l'autre.

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dimanche 2 mars 2008

4 ans

4 ans de blogs, de rencontres, de partages, de créations, de...
Joyeux anniversaire à mes blogs, des anciens au nouveau.

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samedi 1 mars 2008

"N'aimer les seuls biens qui ne sont à personne qu'au premier qui sait les goûter" (Rousseau)

- Septembre 2005, inspiré du texte-souvenir écrit par "elle".-

09Huit heures trente, je suis déjà là. Je l'imagine entrain de se coiffer, manger sur le chemin puis s'endormir dans le bus. Comme d'habitude. La voilà qui arrive, avec un "Je ne t'avais pas reconnue de loin". Je la supplie de me dire que j'ai grandi. Dans le tramway, elle me regarde. "J'aime bien te regarder, tu es toujours calme, posée dans tes mouvements".

La petite serre du jardin botanique est fermée, et celle des cactus nous annonce qu'ils naîtront au printemps prochain. La grande serre nous offre du vert. Un salon de vert en verre. L'on lit l'histoire de la banane, de la vanille, avant de s'arrêter devant l'arbre du voyageur, si grand qu'il n'entre pas dans la photo. L'on ressort. Devant une pancarte à un arbre, on lit l'histoire. Elle aime beaucoup ce que cela raconte, mais dès ce soir, elle ne s'en souviendra plus. Puis, un promontoire en bois, de l'eau, des nénuphares et des poissons. L'on s'assied au calme. Ma main se pose dans les reflets sur l'eau. Je veux la prendre en photo.

- Dans ses écrits à cet endroit, il y a: "J'hésite à ajouter ma main à la photo, mais la seconde est passée." Du premier au dernier mot et jusqu'à après le point, la lecture de cette phrase me procure une quantité d'émotion exponentielle. Le temps, ce salaud. Je n'aime pas la photo du reflet de ma main, toute seule. Je sens la sienne sur le promontoire, qui voudrait la rejoindre mais ne trouve pas le temps, ce salaud. Le mois suivant, nous entrions à la faculté, celle qui s'interpose entre des amitiés - 09

Je sors du chocolat, "parce que c'est pour ces moments-là", et l'on se tait. Je te dis: "Quand je serai grande, j'aurai un jardin avec une mare, et mon poisson rouge qui vivra encore." L'on passe devant une forêt de bambous, dans laquelle on s'enfonce, sans chemin.

Le premier marron de l'automne est pour moi.

09Plus tard: au musée zoologique, la girafe semble danser. "Un poisson n'a une mémoire que de quelques secondes". J'en suis un du doigt. Un lion. "Je croyais la crinière plus longue". "Ils l'ont plus longue, dans les dessins animés". Un loup, très grand, et un éléphant de mer immense. De tout petits lémuriens, un plancher qui craque, et des milliers de papillons. Le mien, c'est Vanessa Jo. Des étagères entières d'oiseaux, et des insectes. "Coccinelle, où es-tu ?". "Elle a déteint". Elle n'arrive pas à me prendre en photo. "Tu es floue, Anne. Floue". Déjà fini. L'on ressort. J'enlève ma veste, la remets. J'hésiterai tout au long de la journée. Comme mes cheveux: attachés, détachés, noués...

09 09

Au barrage Vauban, elle me dit que les mots à la craie sur les murs ont été repassés. Ceux-là, de Baudelaire et d'Alice au Pays des Merveilles.

- "Etait-ce effectivement le cas, ou l'étaient-ils dans ma tête ?", c'est ce qu'elle a écrit. -

Nos pas nous dirigent, "sûrement vers la Cathé". Je l'appelle "Cathé", ça l'interpelle: "Une affinité".09 "C'est quand on est le plus près qu'on la voit le moins". "Ca ferait une belle métaphore". L'on monte là haut tout là haut, sur le premier palier de la Cathédrale. Et ces histoires de gens en bas: la pressée, qui va droit au but, juste là, les groupes de touristes, le couple assorti rouge/bleu...silence.

- De sa plume: "Je ne vois plus la ville. je vois flou. Je ne sais plus à quoi j'ai pensé". -

09L'on se raconte des histoires, là haut tout là haut, accoudées aux fils en acier, surplombant la ville: "Cueillir des mirabelles, puis un vrai goûter. Jouer avec un cheval de bois. Et plus tard, on dira à nos enfants qu'à leur âge, on s'amusait simplement avec une télé et un ordinateur. C'est triste."

Elle me dit : "Je ne sais pas vraiment te parler". Je lui réponds que cela va déjà mieux. Il y a une terrasse sur un toit. Un bout de vert. L'on donne une voix à un pigeon qui va et vient près d'une gargouille. Il hésite à sauter, puis s'envole sur le bâtiment.

"Regarde, Léa !". Son nom est gravé dans le cuivre.

L'on redescend. En bas, les jambes tremblent. "D'en bas, tout est différent". 09

- Ses mots pour finir: " On est un peu à l'avance, à l'arrêt de tram. J'espérais secrètement que tu prennes le suivant. Tes dernières paroles sont noyées, je saisis à temps le geste de la main, le regard. Le rideau se ferme." -

On devrait toujours écrire nos belles journées, même les plus simples.

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Un peu de poésie

Amphi 2, 8h30 :

1

Amphi 2, 9h30 :

2

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