A celle

Voilà plus d'un an que je vous mens. Voilà plus d'un an que j'ai dû quitter la maison du bonheur pour une histoire professionnelle. Voilà tout ce temps que nos coeurs, celui du Guitariste et le mien, se sont arrêtés de battre. Jamais nous n'avons autant senti où était notre place. Loin des yeux, loin du coeur, dit-on. Et pourtant, partir n'a fait que nous faire nous rendre compte que nous ne pouvions vivre ailleurs. Nous n'avons cessé de chercher des solutions pour revenir. Et pourtant, sûrement jamais de retour possible. Pour des histoires de boulot, d'argent, de choses qui ne sont tellement pas "vivre". "Il faut faire des concessions dans la vie", "Tu as un travail, alors partir de ta maison, c'est secondaire", "Il faut vous y faire, vous trouverez un autre endroit chouette". J'ai pleuré. J'ai eu la tête qui tourne. Beaucoup. Tout le monde me disait de me faire une raison, mais le Guitariste, comme un gardien ou même un porteur, agissait comme si nous allions y retourner.
Quelqu'un nous a remplacé dans "la" maison. Au bout de six mois, mamie à qui appartenait la maison est partie là-haut. Dix minutes après le coup de téléphone qui annonçait la fatalité, le quelqu'un qui nous a remplacé dans la maison a appelé pour dire qu'il résiliait son bail et que la maison était à nouveau libre. Ce soir-là, nous avons tous dit que la vie n'était peut-être pas toujours un hasard ; que les choses étaient bien étranges. Tout nous rappelait là-bas. Même mon père, si pragmatique, m'a dit : "Qui sait, ce sont peut-être des signes...". J'ai tout maudit de n'avoir aucune solution.
Six mois de plus sont passés. J'ai appris que je devais à présent m'en-aller une seconde fois. Oh rien de plus que 531km, sans mobilité possible avant trois ans à peu près, seule. SEULE. Sans le Guitariste, sans Gibson, sans Eléa. Je le savais, et pourtant j'ai cru devoir, pouvoir me forcer, après tout dans la vie on ne décide pas, et ce fameux "il faut faire des concessions", "on ne peut pas tout avoir".
Et pourtant...
Aujourd'hui j'ai pu et décidé d'aller à l'encontre de ces derniers adages. J'ai posé une démission. Dans un mois et-demi, nous retournons dans la maison du bonheur, et jamais, jamais plus nous n'en partirons. Nous allons retrouver notre maison, nos proches, notre immense jardin, nos trois sapins du fond, nos ruines de châteaux, nos mirabelliers, nos basses montagnes, nos pâturages parsemés de chevaux...
Je me revois encore il y a un an, le jour où j'ai quitté mes trois grands sapins. Je les ai regardés, je leur ai demandé "Dites-moi que je vais revenir vite...", et à en voir le vent dans leurs branches j'en ai déduit un "oui". Et jamais je n'ai parlé de tout cela ici, en me disant que dans mon coeur et dans ma tête, je n'avais jamais quitté l'endroit où j'étais heureuse, et que je refuserai de l'avoir quitté dans ma tête et mon coeur, jusqu'à ce que j'y revienne.
Mon appareil photo, mon ordinateur et mon piano sont cassés depuis peu. Tant de choses ont volé en éclat et il n'y a pas que cela. Peau neuve, me dit la vie. Jamais je n'ai fait une chose aussi folle, et aussi pleine et forte de sens. Oui, on peut toujours changer les choses. Rien ni personne ne devrait pouvoir vous dicter où vivre, vous arracher à votre bonheur et vous dire que vous n'avez qu'à vous en refaire un ailleurs et autrement. Pour la première fois j'ai compris ce que c'était qu'un coeur qui refuse catégoriquement de se soumettre. Rien ni personne ne peut vous arracher ce que vous avez dans le coeur.
Il y a quelques jours nous sommes retournés dans LA maison. La voisine, la femme de celui qui donnait toujours un Petit Prince à Gibson, a aperçu notre canis dans le jardin. Exclamations de joie. Elle l'a quitté bébé en lui donnant un petit faon en peluche, elle le retrouve adulte. Elle est allée chercher son mari qui appelait Gibson "mon copain", et elle lui a dit : "Quelqu'un t'attend dehors, mais prends un Petit Prince". Il a compris et j'ai vu toute l'émotion du moment dans ses yeux. Et j'ai eu envie de pleurer. Mais plus de la même façon.
Commentaires sur A celle
- coucou anne
merci pour ta visite. Oui la vie n'est pas toujours simple mais elle reste belle. Elle nous impose des choix à faire et elle nous pousse à la réflexion aussi. Faire les bons choix et ne pas regretter. Privilégier la famille et chaque moment passé auprès des personnes les plus importantes à nos yeux, profiter de chaque moment car ils sont si précieux... bises kina - tellement touchant ce récit d'un choix de vie. La vie passe si vite qu'il faut absolument se la faire très belle et je crois que vous en avez saisi toute l'importance. je vous souhaite beaucoup de bonheur...on sent beaucoup de respect pour les animaux, la nature...et les nuages...tout ce que j'aime.
un clic depuis chez Tohu Bohu...merci canalblog










